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Juste la fin du monde de Xavier Dolan (2016)

  • 10 oct. 2016
  • 3 min de lecture

Cela aurait pu être un dimanche d’été placé sous le signe de la canicule comme tant d’autres, mais cette fois ci Louis est là (interprété par Gaspard Ulliel), de retour dans la maison de campagne de sa famille après douze ans d’absence. Louis n’a pas quitté la ville par hasard, il a quelque chose a annoncer, quelque chose qu’il ne sait pas comment annoncer et surtout à quel moment. Difficile de revenir pour annoncer sa mort à des gens qu’on a fuis.

Juste la fin du monde est un huit clos étouffant à l’image de la canicule qui frappe chaque protagoniste, la chaleur les fait parler, suer, leurs vêtements sont trempés au fur et à mesure que la journée avance (il est à noter qu’il n’y a aucun indicateur temporel). Pourtant la réunion familiale ne se déroule pas comme prévu, en effet dès le début la tension entre chacun est palpable, sa soeur Suzanne (Léa Seydoux) aimerait connaitre son frère, qu’elle ne connait que par le biais de cartes postales où figurent quelques mots ou bien des articles de journaux vantant ses talents d’écrivain pour pièces de théâtre. Sa mère Martine (jouée par Nathalie Baye), profite de sa présence sachant ces moments précieux risquent de ne plus arriver et préfère se remémorer les bons moments avant le départ de son fils il y a douze ans. Antoine (campé par un Vincent Cassel majestueux), semble avoir de la rancoeur et passe quasiment toute la première partie du film a lui tourner le dos, préférant rabaisser sa soeur et sa femme Catherine (jouée par Marion Cotillard), qui elle ne sait pas bien où se placer dans cette réunion de famille où elle semble être de trop mais qui sera la première à comprendre la raison du retour de Louis.

Adapté de la pièce du même nom de Jean-Luc Lagarce, Xavier Dolan transpose à l’écran le fiasco d’un repas de famille, des relations difficiles qui peuvent exister entre ses membres, de la barrière du langage et des rancoeurs. Au travers d’une réalisation suffocante, chaque monologue des personnages est un réquisitoire contre Louis, qui silencieux, souhaite une dernière fois avant d’annoncer la nouvelle se remémorer son enfance et son adolescence via un souvenir raconté par sa mère ou la sensation de toucher de son vieux matelas témoin de son premier amour.

Toute la force réside dans la manière dont Xavier Dolan filme les membres de cette famille, peu de panorama, principalement des gros plans qui renforcent la solitude de chaque protagoniste, les mimiques et silences lors de leur prise de parole. On comprend alors que Louis est le rouage qui manque au bon fonctionnement de cette famille où chacun est en roue libre et ne communique plus que par des méchancetés et querelles.

Les musiques sont choisies avec minutie, en effet, on en retrouve 9 qui se démarquent avec du Blink 182, Ozone, Moby, et elles ont toutes un lien avec un moment précis du film.

(On notera que Louis est le seul à subir cet axe de caméra lorsque toute la famille est réunie, renforçant la pression et la vulnérabilité qui l’écrasent)

Le casting plus que « bankable » et la victoire au festival de Cannes jouent peut être dans l’attrait du film, mais une fois de plus les acteurs délivrent une performance saisissante et touchante, en particulier Vincent Cassel en fils ainé mal aimé qui semble en vouloir à son frère qui en douze ans n’ait jamais venu voir ses neveux (dont un porte son nom) et qui n’avait jamais vu sa femme auparavant.

(de gauche à droite : Léa Seydoux, Gaspard Ulliel, Marion Cotillard, Vincent Cassel, Nathalie Baye)

Le spectateur attend alors qu’un orage vienne fendre le ciel afin de dissiper la canicule, il attend que Louis prenne son courage à deux mains pour annoncer la fin de son monde, de leur monde.

 
 
 

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